L’un des plus gros réseaux physiques en courtage immobilier a décidé de revenir à un modèle payant. Un changement d’époque ?

C’est une page qui se tourne sur le marché du courtage en prêt immobilier : l’une de ses plus grosses enseignes du secteur – jusqu’alors gratuite – a commencé depuis juin dernier à facturer des honoraires à sa clientèle. Au média cbanque.com venu l’interroger, le porte-parole de ce réseau de 90 agences a justifié cette nouvelle politique par la nécessité d’investir massivement « dans la formation » de ses personnels et le renforcement de ses « outils digitaux ».

Développer le digital 

Les recettes supplémentaires engrangées par cette tarification permettront également au groupe de développer de nouveaux services fondés sur « l’intelligence artificielle et le scoring » (technique d’évaluation de la qualité des dossiers, NDLR), deux innovations qui s’imposent aujourd’hui comme des leviers majeurs de compétitivité dans un environnement de plus en plus concurrentiel et complexe.

Ce virage stratégique annonce-t-elle la fin de la gratuité, un modèle devenu inadapté aux exigences de la clientèle et peu compatible avec le cadre juridique dans lequel évoluent désormais les courtiers en crédit immobilier ?

Après la loi de régulation bancaire de 2010, le métier s’est en effet beaucoup professionnalisé : l’article L.519-6 du Code monétaire et financier lui applique un statut précis, celui d’intermédiaire en opérations de banque et en service de paiement (IOBSP) soumis au contrôle de l’APCR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution). Depuis 2013, les courtiers sont tenus de présenter les qualifications requises, sanctionnées par une attestation de compétence professionnelle qui leur permet d’être immatriculés auprès de l’Orias (Organisme pour le Registre Unique des Intermédiaires en assurance, Banque et Finance).

Deux modes de rémunération

Enfin, la directive européenne MCD (Mortage Credit Directive), transposée dans le droit français en 2016, harmonise les réglementations à l’échelle de l’UE, oblige les particuliers comme les entreprises à recourir à des professionnels certifiés et introduit de nouveaux process dans les opérations de rachat de crédit. Autant d’évolutions qui conduisent les agences à réactualiser les connaissances de leurs collaborateurs et à injecter des fonds dans leurs services pour adapter leur offre à ces nouveaux critères et enjeux économiques.

Pour rappel : qu’ils soient payants ou gratuits, tous les courtiers perçoivent une commission de la banque avec laquelle ils négocient pour le compte de leurs clients. Leur décision de facturer ou non l’emprunteur dépend bien souvent de leur mode de fonctionnement et de leurs charges d’exploitation (droit d’entrée et utilisation de licence s’il s’agit d’une franchise, local professionnel, achalandage, publicité, communication).