Si la hausse des taux a été modérée pendant le confinement, des questions se posent sur la stratégie que les banques vont adopter dans les tous prochains mois.

A l’arrêt ou presque depuis la mi-mars, en raison de la crise sanitaire liée au Covid-19, le marché de transaction immobilière, fortement corrélé à l’activité bancaire, devrait amorcer une phase de reprise à la faveur des mesures de déconfinement – certes encore très partiel – entré en vigueur le 11 mai dernier : en quoi cette date clé est-elle susceptible de constituer une césure nette entre un « avant » et… un « après » dont les perspectives à court et moyen termes restent en pointillé ?

Forte baisse du nombre de crédits pendant le confinement

Des données officielles fournies par l’Observatoire du Crédit Logement CSA permettent d’abord de dresser un premier bilan d’étape au plus fort du ralentissement économique, c’est-à-dire à fin avril : durant cette période, la moyenne du taux d’intérêt immobilier a certes progressé par rapport au mois précédent, mais à un rythme très modéré qui s’inscrit dans une tendance plus structurelle, amorcée fin 2019, moment où le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) avait émis ses recommandations aux banques pour éviter la surchauffe dans l’octroi du crédit et, par ricochet, dissiper le risque d’un surendettement des ménages : d’après l’Observatoire, l’indice médian facturé aux emprunteurs – toutes durées de contrat confondues – s’établissait le mois dernier à 1,17% (+ 2 points de base comparé à mars), un rythme conforme à celui qui est observé depuis le début de l’année (+1  ou 2 points par mois en moyenne), soit une remontée lente et progressive, sans soubresaut ni rupture. Cette relative stabilité des taux s’explique, au moins en partie, par la chute de l’offre et de la demande liée au contexte sanitaire : à preuve, entre février et avril, le nombre de prêts accordés a brutalement décroché (- 25% par rapport à la même période en 2019). Mais la crise n’a fait qu’accentuer une tendance perceptible depuis janvier : la part décroissante des candidats les plus modestes dans l’accès au crédit, conséquence des nouveaux arbitrages bancaires, plus restrictifs.

Taux d’intérêts : les banques incitées à la modération

Selon l’Observatoire, la combinaison de ces deux phénomènes « a presque complètement neutralisé » le lent renchérissement « des taux d’emprunt pourtant  annoncés dans les barèmes des établissements prêteurs ».

Dorénavant, comment les banques vont-elles réagir au retour des ménages sur le marché immobilier ? A ce jour, l’environnement macro-économique les incite plutôt à la modération : début mai, la banque centrale européenne de Francfort a annoncé le maintien de ses taux directeurs au niveau plancher et promis une meilleure rémunération (1%) pour les établissements qui prêtent aux ménages et aux entreprises via le crédit professionnel. Autre paramètre favorable aux emprunteurs : après une remontée en mars, le cours des obligations d’Etat (OAT 10 ans), qui sert de référence aux banques dans la fixation de leurs intérêts, est repassé dans le négatif fin avril.

Enfin les Notaires de France se montrent plutôt confiants : dans leur dernière note conjoncture immobilière, ils estiment que la situation actuelle n’est pas comparable à celle de la période 2009-2010, la dernière grande crise économique de référence : « les capacités d’achat des ménages et les conditions de financement sont meilleures qu’à l’époque avec des taux de crédit immobilier à leur plus bas niveau depuis plusieurs mois », estime l’association.